Actualités
Bilan estival 2026 : la nappe d’Alsace face à la sécheresse, un record dans le Ried
Dans le Grand Ried, les niveaux de nappe les plus bas de l'été 2026 sont les plus faibles enregistrés depuis 1976 , date de début des mesures. À Rossfeld, la nappe est restée 49 jours d'affilée sous le seuil de crise, deux fois plus longtemps que lors du précédent record, en 2022. Cet été hors norme s’inscrit dans une tendance : depuis une quinzaine d'années, les étés déficitaires se répètent de plus en plus souvent.
Le Ried, sentinelle de la nappe
Dans le Ried, la nappe phréatique se trouve très proche de la surface. Elle alimente les rivières phréatiques et les zones humides qui font l'identité de ce territoire. Cette proximité et la perméabilité du sol la rendent très sensible à la météo : quelques semaines sans pluie suffisent pour que son niveau baisse nettement.
Le Ried est donc le premier endroit où l'on voit les effets de la sécheresse s'installer. Cet été, le phénomène s'est vu à l'œil nu, avec de nombreux cours d’eau phréatiques à sec.

L'Orchbach, rivière phréatique à sec, au niveau de Holtzwihr le 8 septembre 2026.
Le Ried a une autre particularité : depuis 2023, c'est le seul secteur d'Alsace où les niveaux de la nappe servent de référence aux arrêtés sécheresse préfectoraux. Ailleurs, ce sont les débits des cours d'eau qui déclenchent les mesures. Quatre seuils graduent la situation : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise, chaque palier entraînant des restrictions d'usage de l'eau plus strictes.
L'été 2026 dans le Ried
Dans le Grand Ried, la nappe a atteint des niveaux plus bas, plus précocement et plus longtemps que lors des étés précédents. Trois des cinq points de référence battent leurs records : Rossfeld, Hilsenheim et Illhaeusern.
Plus tôt
À Rossfeld et à Illhaeusern, le seuil de crise a été franchi dès le 8 juillet, plus tôt que lors de tous les épisodes enregistrés. À Rossfeld, le seuil d'alerte était atteint dès le 28 juin.

Plus longtemps
C'est un des faits marquants de cet été. À Rossfeld, la nappe est passée sous le seuil de vigilance le 23 juin et ne l'avait pas encore retrouvé fin septembre : au moins 100 jours consécutifs. Les durées sous seuil de crise ont doublé, voire plus, par rapport aux précédents records.

Plus bas
À l'échelle du Grand Ried, les niveaux minimums de l'été sont les plus bas mesurés en 51 étés, devant 2022 et 2015. Les niveaux moyens de l'été se situent au niveau de 1976, année de référence pour les niveaux bas. Rossfeld, Hilsenheim et Illhaeusern ont atteint leur plus bas niveau historique ; Guémar et Baldenheim se classent aux 3e et 4e rangs. Partout, le point le plus bas a été atteint entre le 8 et le 15 août.

Plus souvent
Les étés les plus secs des cinquante dernières années se concentrent sur la période récente : nous y revenons plus bas.
Pourquoi : le manque de pluie et la chaleur
La recharge de la nappe, qui se fait surtout entre novembre et mars, n’est pas en cause. Elle a été correcte et le Ried abordait le printemps dans une situation normale.

Mais à partir de mars, chaque mois a été plus sec que la normale en Alsace (période de référence 1991-2020). Il a manqué 70 % des pluies habituelles en avril, 66 % en juillet et 80 % en septembre ; les autres mois sont restés entre 30 et 50 % sous la normale [source : Météo-France]. La chaleur a aggravé la situation : les épisodes de canicule ont augmenté l'évaporation et les besoins en eau des cultures et de la végétation. Sans pluie pour la réalimenter, une nappe réactive comme celle du Ried baisse rapidement.
Le 15 août, la nappe remonte sans pluie
Mi-août, les courbes changent de direction alors que la sécheresse continue. Sur les cinq points du Ried, la nappe atteint son niveau le plus bas entre le 8 et le 15 août, puis commence à remonter sans qu'il ait plu.

Le 15 août marque la fin de l'irrigation dans le Ried. Quand ces prélèvements s'arrêtent, la nappe cesse de baisser, puis remonte. Cette remontée ne permet toutefois pas de renverser la situation : les points de mesure sont sortis du seuil de crise entre le 9 et le 25 août, mais la nappe est restée sous le seuil de vigilance jusqu'en septembre. Cette observation confirme des résultats d’études précédentes : dans ce secteur, les prélèvements entrainent une baisse visible des niveaux, en plus de la météo.
Une tendance qui se dessine depuis quinze ans
2026 n'est pas un accident isolé. Dans le Grand Ried, 11 des 14 derniers étés ont connu des niveaux minimaux inférieurs à la normale, autant qu'au cours des 37 étés précédents.

Niveaux estivaux minimaux pour le Grand Ried depuis 1976.
À Illhaeusern, où les mesures ont commencé en 1984, neuf étés ont vu la nappe passer sous le seuil de crise. Huit d'entre eux sont postérieurs à 2015 ; seul 2003 fait exception. À Rossfeld, quatre des sept étés concernés depuis 1976 datent des douze dernières années.
Les étés récents ne sont pas tous secs pour autant. 2016, 2021 et 2024 figurent parmi les étés où la nappe du Ried a été la plus haute. La nappe connaît surtout des étés de plus en plus contrastés, avec des épisodes de niveaux bas plus fréquents et plus marqués.
Cette évolution est compatible avec les projections climatiques pour notre territoire, qui annoncent des hivers humides, des étés plus chauds et des pluies printanières et estivales moins abondantes. Quinze ans restent toutefois une période courte pour établir un lien certain avec le dérèglement climatique.
GRETA : étudier la nappe face au changement climatique
C'est précisément l'objet du projet GRETA, dont l’APRONA est partenaire. Lancé en 2023 et porté par le BRGM, ce projet financé par le programme Interreg Rhin supérieur étudie l'impact du changement climatique sur la nappe rhénane. Ses résultats, attendus pour mi-2027, permettront de mieux comprendre comment la nappe pourrait évoluer dans les prochaines décennies.
La nappe d'Alsace dans son ensemble
À l'échelle de toute la nappe, l'été 2026 est très sec, sans pour autant être exceptionnel : il se classe au 8e rang des étés les plus bas sur 51, pour les niveaux moyens comme pour les niveaux minimums.

Niveaux moyens estivaux par secteur
Ce chiffre global cache toutefois des situations opposées : pendant que le Ried connaissait des niveaux extrêmement bas, la nappe se trouvait au-dessus de la normale dans la bande rhénane. Cette situation pourrait provenir des aménagements du fleuve et aux opérations de renaturation, qui favorisent l'infiltration de l'eau du Rhin vers la nappe, ainsi que de la gestion des cours d'eau.
Dans certains secteurs, la situation est même inverse de celle du Ried, comme à Schoenau où malgré le manque de pluie et des niveaux bas du Rhin, des remontées de nappe localisées provoquent des inondations.
Suivre l'évolution
L'APRONA mesure en continu le niveau de la nappe phréatique d’Alsace. Les données sont consultables librement sur notre page "Nappe en direct", et sur notre portail d'accès aux données.
Les missions de l'APRONA sont assurées grâce au soutien financier et technique de la Région Grand Est et de l'Agence de l'eau Rhin-Meuse.